
© Vincent Moncorgé Photothèque CNRS Association Femmes & Sciences
Charlotte Boullier et Anne-Caroline Chany
Chimistes organiciennes
Imaginer, créer, innover : la chimie au service de la santé
À l’Institut des molécules et matériaux du Mans [1], Anne-Caroline Chany développe de nouvelles méthodes de synthèse et reproduit en laboratoire des molécules naturelles aux propriétés thérapeutiques prometteuses, notamment antitumorales et antibiotiques. Doctorante à Le Mans Université sous son encadrement, Charlotte Boullier explore une « petite pièce de puzzle » moléculaire qui vise à simplifier le travail des chimistes.
Anne-Caroline Chany et Charlotte Boullier réalisent des réactions entre plusieurs molécules, invisibles à l’œil nu, afin d’en créer des plus complexes. Ces réactions, le plus souvent menées en solution et parfois colorées, se font dans des ballons, verreries classiques en chimie organique. L’objectif est d’étudier le comportement des molécules, de comprendre comment elles peuvent s’assembler, et d’explorer leurs applications potentielles, notamment dans le domaine de la santé, des matériaux ou de l’énergie.
Anne-Caroline Chany s’est très tôt passionnée pour la chimie et son application dans le domaine pharmaceutique. « Au lycée, je voulais comprendre comment un médicament fonctionne et pourquoi il soigne ». De Lannion à Rennes en classes préparatoires, puis à l’École nationale supérieure de chimie de Mulhouse, son intérêt pour la recherche se confirme au fil des expériences, notamment lors d’un stage à Novartis en Autriche, puis lors de son doctorat à Mulhouse sur la synthèse de produits naturels. À l’IMMM, ses travaux s’articulent aujourd’hui autour de deux axes complémentaires : le développement de nouvelles méthodes de synthèse, en imaginant des réactions plus efficaces pour créer ou modifier des molécules ; et la synthèse de produits naturels bioactifs, inspirés de composés produits par des bactéries. «La nature regorge de composés aux activités antibiotiques ou antitumorales intéressantes, mais en quantités infimes. Notre défi est de les reproduire en laboratoire, en plus grande quantité, pour pouvoir les étudier et les améliorer ». C’est notamment le cas de molécules isolées à partir de bactéries du désert d’Atacama, au Chili, à la structure particulièrement complexe.
Originaire de Laval, Charlotte Boullier découvre la chimie organique à Le Mans Université après un bac scientifique, en pleine pandémie de Covid-19. « L’idée de faire de la recherche est venue progressivement ». Durant son master de chimie organique, elle effectue deux stages à l’IMMM, qui la conduisent vers le doctorat. Elle s’intéresse à la diazoacétone silylée, une petite molécule très réactive qu’elle compare à une pièce de puzzle. En la combinant à d’autres molécules, elle cherche à accéder rapidement à toute une famille de briques moléculaires, afin « d’enrichir la boîte à outils du chimiste » et pouvoir les utiliser pour la synthèse de molécules bioactives. A la suite de son doctorat, elle envisage de poursuivre sa carrière dans la recherche académique, même «s’il faut être persévérant : souvent, ça ne marche pas. Il faut accepter de repartir autrement ».
Toutes deux très investies dans la médiation scientifique, Anne-Caroline Chany et Charlotte Boullier partagent une même conviction : rendre la science accessible. «Si, dans une classe, on suscite des étincelles dans les yeux de cinq ou six élèves, c’est déjà gagné », estime Anne-Caroline Chany, engagée de longue date dans des actions auprès de collèges et lycées, y compris en milieu rural. La doctorante insiste, elle, sur l’importance de lever les freins : « Il faut montrer la diversité des métiers de la recherche et dire aux jeunes, filles comme garçons : ne vous mettez pas de barrières ! ».
[1] IMMM, CNRS / Le Mans Université
