Le 7 janvier 2020, la NSF (National Science Fondation) annonçait que l’observatoire qui accueille le Large Synoptic Survey Telescope (LSST) prenait le nom de Vera Rubin Observatory (VRO). Une reconnaissance posthume largement justifiée de Vera Rubin qui est la première à avoir apporté la preuve de l’existence de matière noire dans les galaxies !

Le LSST est un grand télescope de 8.4 m de diamètre placé sur le Cerro Pachon, à 2700m d’altitude, au Chili. Equipé d’une caméra à très grand champ (3,5° soit 40 fois la taille de la Lune), il sera dédié à des grands relevés astronomiques, ayant la capacité de photographier la totalité du ciel austral en seulement un peu plus de 3 nuits. Piloté par les Etats-Unis, le LSST est un projet international dans lequel la France joue un rôle majeur avec le développement et la construction de plusieurs sous-systèmes de la caméra, et la charge du système de traitement de données qui doit permettre de traiter et de stocker les 15 Téraoctets de données générées chaque nuit. Au cours de ses 10 années de fonctionnement prévues, le LSST observera 825 fois l’ensemble du ciel austral ce qui permettra d’atteindre une sensibilité remarquable.

L’un des buts principaux du LSST sera l’étude de la nature de la matière noire et de l’énergie noire.  Les observations actuelles conduisent à la conclusion que l’univers est constitué d’environ 5% de matière ordinaire (baryonique), 26% de matière noire et le reste d’énergie noire. Connaître la répartition et la nature de la matière noire est un enjeu important de la cosmologie actuelle.

Vera Rubin fait partie des grands précurseurs : elle a travaillé sur différents domaines au cours de sa carrière et ses travaux ont tous conduit à modifier profondément notre vision de l’univers. Elle a montré que les galaxies ne se répartissent pas de façon homogène dans l’espace mais se groupent en amas et superamas ; elle a découvert que les galaxies massives peuvent être le résultat de fusions de galaxies. Mais elle est plus particulièrement connue pour avoir été la première à mettre en évidence par ses observations la divergence entre les vitesses de rotation observées et prédites des étoiles dans les galaxies spirales, apportant ainsi la preuve de la présence de matière invisible, que nous ne pouvons détecter : la matière noire.

Vera Rubin a produit des travaux d’importance primordiale et pourtant elle a du continuellement batailler pour pouvoir travailler : elle a lutté pour parvenir à arracher en 1965 (!) l’autorisation pour les femmes de faire des observations au télescope du Mont Palomar… Elle a réussi à mener de front l’éducation de ses 4 enfants et une carrière brillante. « J’ai accompli presque toute ma carrière à temps partiel, aimait-elle dire. A trois heures, j’étais à la maison pour m’occuper des enfants ». Mais si la Canergie Institution accepte cet arrangement, elle ne lui fait pas de cadeau : son salaire est réduit d’un tiers.

Vera Rubin a fait passer sa lutte pour améliorer la place des femmes en astronomie avant sa reconnaissance personnelle. Elle affichait clairement ses convictions en disant:
« Je vis et je travaille en partant des trois principes suivants:
- Il n'existe aucun problème scientifique qu'un homme peut résoudre et qu'une femme ne pourrait pas.
- Á l'échelle de la planète, la moitié des neurones appartient aux femmes.
- Nous avons tous besoin d'une permission pour faire de la science mais, pour des raisons profondément ancrées dans notre histoire, cette permission est bien plus souvent donnée aux hommes qu'aux femmes. »

Serait-ce une des raisons qui ont fait qu’elle n’a jamais eu le prix Nobel bien que son nom ait été cité à plusieurs reprises ? Un destin hélas classique de femmes scientifiques : Véra Rubin fait partie de ces pionnières dont la notoriété est inversement proportionnelle à l’importance de ses travaux.
En donnant le nom de Vera Rubin à l’observatoire du LSST, la NSF lui fait un hommage grandement mérité !