Florence Apparailly est directrice de recherche au sein de l'unité « Cellules souches, plasticité cellulaire, médecine régénératrice et immunothérapies » de l'IRMB, à Montpellier.

Au lycée vos professeurs vous ont conseillé de vous orienter vers un métier en lien avec la littérature, la science n'était donc pas un choix précoce ?

Florence Apparailly : J'avais de très bonnes notes en langues vivantes et dans les matières littéraires mais j'ai toujours aimé les sciences. Je n'excellais pas en mathématiques ni en physique mais j'adorais la biologie.

Je pense également que ce conseil d'orientation était lié aux injonctions sociétales :  les filles sont toujours davantage dirigées vers les filières littéraires que scientifiques. Mais je ne les ai pas écoutés et je suis partie en fac de sciences !

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​À quel moment avez-vous eu le déclic de faire de la recherche ?

F. A. : Lorsque j'ai été convoquée par le doyen de la fac de sciences de Tours pour me dire que j'étais major de ma promo et qu'un directeur d'équipe de l'Inra l'avait contacté pour savoir si j'accepterais de venir dans son labo faire un DEA (Diplôme d​'études approfondies) puis une thèse. La nuit qui a suivi j'étais fébrile, j'avais du mal à dormir, je n'arrêtais pas de me répéter : « Je vais être chercheur ! »

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Pouvez-vous nous expliquer votre domaine de recherche actuel ?

 F. A. : Avec les vingt personnes qui composent mon équipe, nous travaillons sur les mécanismes physiopathologiques de l'inflammation articulaire.

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Aujourd'hui vous êtes directrice de recherche, selon vous quelles sont les qualités qu'il faut avoir pour occuper ce poste ?

F. A. : La patience et l'écoute. Il faut savoir écouter son équipe et mettre en valeur les gens qui travaillent avec vous. Je suis un peu comme une cheffe d'entreprise : je cherche des financements, j​​e recrute du personnel, je fais du management... L'aspect de mon métier qui me passionne le plus est d'arriver à faire rentrer des jeunes chercheurs dans le monde de la recherche et faire en sorte qu'ils se passionnent pour les thématiques que j'ai pu développer depuis vingt ans.  

Au sein de votre carrière, vous avez habité en Touraine, à New York et vous êtes maintenant à Montpellier. Quelle est votre ville préférée ?

F. A. : J'adore New York ! Lorsque j'étais étudiante au Rockefeller Institute, j'ai habité Manhattan pendant trois ans. Ce n'est pas un mythe, c'est une ville où on sent que tout est possible ! Il y a une telle émulation. J'y ai fait de très belles rencontres dont une qui m'a particulièrement marquée avec un luthier français. 

Florence Apparailly à New-York en 1995​. Crédit : Florence Apparailly

Spontanément, si vous deviez définir l'Inserm en trois mots ?

F. A. : Je dirais : « biomédical », « indépendance » et « significatif ». Nous ne sommes pas aussi grand que d'autres organismes, mais de l'excellente recherche est menée à l'Institut, avec de véritables retombées sociétales. 

« ​Mon conseil aux jeunes chercheurs : s'assurer que leur désir de s'engager dans la recherche est une véritable passion. C'est un métier t​ellement exigeant...​ »

 « Les maths c'est pour les garçons ! » est une phrase qui vous énerve...

F. A. : Je me bats depuis plusieurs années pour la place des femmes dans le monde scientifique. Dès la terminale, je me suis rendue compte de la chance que j'avais d'intégrer l'enseignement supérieur scientifique en tant que femme. Mais à ce moment-là je n'avais pas encore analysé toutes les injonctions faites aux filles et les stéréotypes de genre qui conduisent aux inégalités et freinent les femmes dans leurs intentions comme, par exemple, le manque d'encouragement à se diriger vers des carrières scientifiques. La phrase « Les maths c'est pour les garçons ! », c'est déjà le début du plafond de verre.  

Avez-vous des exemples concrets de ces inégalités ?

F. A. : C'est systématiquement aux femmes qu'on demande de s'occuper des tâches collectives dans un laboratoire et ce sont les hommes qu'on promeut sur des postes à haute responsabilité. Autre exemple : dans les congrès, on ne dépasse pas les 30 % de femmes invitées à faire des conférences !

Je me souviens d'une situation incommodante : en 2000, j'avais 32 ans lorsque j'ai passé mon premier concours à l'Inserm, je suis rentrée dans la salle et je me suis retrouvée en face de… 30 hommes ! Depuis, l'Inserm a fait beaucoup de progrès en terme de parité dans les instances d'évaluation. 

Pouvez-vous me parler de votre engagement au sein de l'association « Femmes et Sciences » ?

F. A. : Créée en 2000, elle comprend aujourd'hui plus de 300 adhérents. L'objectif est de promouvoir les sciences et techniques auprès des femmes mais aussi les femmes auprès des sciences et techniques. Nous développons beaucoup d'actions dans les milieux scolaires, pour sensibiliser filles et garçons aux stéréotypes de genre.

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J'ai également participé au montage d'un programme pour le mentorat des doctorantes à Montpellier en 2015. Alors que nous n'étions que cinq mentors à l'origine, nous sommes aujourd'hui cinquante. Nous organisons des ateliers sur des thèmes concrets comme « le manque de confiance en soi », le « réseautage » ou encore « comment passer un entretien dans le privé » ainsi que des témoignages de femmes scientifiques qui ont d​es parcours inspirants.

La lecture reste l'un de vos loisirs favoris, pouvez-vous nous parler d'un de vos livres préférés ?

​ ​ F. A. : Il s'agit du roman Soie d'Alessandro Baricco. À la fois écrivain et musicologue, ma surprise a été grande de découvrir son style tout en poésie.

C'est l'histoire d'un homme qui, pour sauver les élevages de vers à soie contaminés par une épidémie, entreprend quatre expéditions au Japon pour acheter des œufs sains. C'est un récit de voyage qui parle aussi du choc des cultures. J'ai été captivée et j'ai ensuite lu tous ses autres romans.  

Portrait d'Inserm : Florence Apparailly, directrice de recherche

21 novembre 2019

Photographies : © Inserm/François Guenet

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