Robert Klapisch (1932-2020)

En 1956, Robert Klapisch termine ses études à l’ESPCI et entre au CNRS à l’Institut de Physique Nucléaire. Il se joint à l’équipe de René Bernas qui travaille sur la séparation de masse électromagnétique. La construction d’un nouveau séparateur d’isotopes nécessite la création d’un nouveau laboratoire : le Centre de Spectrométriie Nucléaire et de Spectrométrie de Masse. Robert Klapisch y suit René Bernas et, à côté du séparateur, des équipes de chercheurs s’organisent. Un des problèmes étudiés est l'énigme de la faible abondance de lithium, béryllium et bore dans l'Univers : utilisant la spectrométrie de masse, Robert Klapisch contribue notoirement à sa résolution par sa thèse dans laquelle il présente ses mesures de production de lithium 6 et 7 et de béryllium 7 sur des échantillons irradiés par des protons accélérés à quelques GeV.

A partir de 1964, il entreprend l’installation pionnière de spectromètres de masse «en ligne» sur des faisceaux d’accélérateurs, ce qui va permettre à son équipe d'enchaîner une série d'expériences scientifiques au CERN et rendre possible l'étude de noyaux “exotiques” inconnus pour la plupart. Ces noyaux sont fugaces (quelques millisecondes), à l'extrême limite de la stabilité, tels que le lithium 11 ou le sodium 35, avec plus du double de neutrons que de protons. Un des hauts faits fut la mise en défaut du nombre « magique » de 20 neutrons dans le sodium 31. Puis, en 1978, l’association, en ligne, de la spectrométrie de masse et de la spectroscopie laser avec un groupe du Laboratoire Aimé Cotton, permet la 1re observation d’une transition optique du francium, élément rarissime dans la nature car sans isotope stable (découvert en 1932 par la française Marguerite Perey). 

            En 1981, Robert Klapisch quitte Orsay pour devenir Directeur de la Recherche au CERN.

Jusqu'en 1987, il se consacre essentiellement à la physique des particules. Il promeut l’étude de l’antimatière à basse énergie avec l’anneau d’antiprotons LEAR, et l'étude des ions lourds relativistes en vue de la formation de plasma « quarks-gluons ». De 1988 à 1993, il est chargé de la communication du CERN. Puis, de 1994 à 2000, il participe au groupe de Carlo Rubbia recherchant une technique plus sûre de réacteur nucléaire.

Mais à côté de cette carrière scientifique de 1er plan, Robert Klapisch a eu beaucoup d’activités sociales :

  • Membre du réseau “Pugwash” des scientifiques élaborant des moyens d'éviter la guerre nucléaire.
  • En 1982, Rapport sur l’avenir de la science nucléaire en France, demandé par Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de la Recherche
  • De 2000 à 2002, il est Président de l'Association Française pour l'Avancement des Sciences dont le but est de créer un trait d’union entre chercheurs, et en 2006 il crée, avec le soutien d’institutions et d’industriels européens, la Fondation “Partager le Savoir” dont le but est de  contribuer à la réduction des inégalités entre pays par la promotion du partage du savoir et de la coopération scientifique. Cette fondation encourage les initiatives pour la paix, le développement durable et le dialogue dans les zones de conflit et d’extrême pauvreté, en particulier autour de la Méditerranée, y compris entre Israéliens et Palestiniens.

      Robert Klapisch y a été très actif jusqu’à son décès.

  • En 2002, avec Yves Coppens, il participe à la commission chargée par le Président Chirac de préparer une Charte de l’Environnement.
  • En 2018, il fonde une start-up « PromoSupra », pour développer les application de la supraconductivité pour le transport de l’électricité. 

Enfin, Robert Klapisch a été membre de Femmes & Sciences depuis longtemps et jusqu’à son décès, et il a toujours été un fervent défenseur des droits des femmes.

En particulier, il s’est personnellement investi pour rendre les promotions (en particulier de Chargé de Recherche à Directeur de Recherche), équitables pour les femmes, alors que beaucoup de femmes étaient « oubliées » au profit de leurs collègues masculins…